Confiance et temps long : deux impératifs de l’effort de recherche 1


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Hélène Michel

Tête de liste du projet  Alternative 2017
pour les conseils centraux de l’Université de Strasbourg et candidate à la présidence (élections des 17, 22 et 23 Novembre)

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Professeur en Science politique à l’IEP de l’Université de Strasbourg
Membre de l’Institut Universitaire de France
Directrice de  SAGE – CNRS UMR 7363

(English translation ASAP)

D’un côté, il y a ceux qui pilotent la recherche, mesurent les performances et scrutent tout indicateur permettant de justifier leurs décisions. Il en va des coupes budgétaires comme des aides ad hoc accordées à telle ou telle initiative jugée alors prometteuse. Ceux-là veulent éliminer toute incertitude quant aux effets de leurs décisions, alors même que « l’innovation » qu’ils prônent ne peut ni se décréter et encore moins se prévoir. Tableaux, données chiffrées, indices et indicateurs se multiplient et se substituent peu à peu aux orientations politiques. Car la vision technocratique veut des résultats et des résultats rapides : dès l’année prochaine il faudra à nouveau justifier d’un budget et de sa bonne exécution.

De l’autre, il y a ceux qui savent que la recherche ce sont des hommes et des femmes qui travaillent à poser des problèmes, à tester des hypothèses, qui vérifient, discutent et échangent des arguments et proposent des résultats au jugement de leurs collègues. Ceux-là savent que ce processus de connaissance est un processus non linéaire dont l’aboutissement reste inconnu : penser contre l’évidence, douter de manière systématique, explorer de nouvelles régions du savoir, revenir sur des énoncés, en produire d’autres, autant d’opérations indispensables à l’invention scientifique. Ils savent aussi que ce processus doit être accompagné par des institutions et des moyens capables de construire les conditions permettant la réalisation de ces opérations. Ceux-là savent que la recherche est une activité qui a besoin de temps long et de confiance.

Faire confiance c’est accepter de ne pas tout contrôler, c’est accepter aussi bien les pertes que les réussites.

Faire confiance c’est laisser les collègues prendre des risques et, par conséquent, les laisser se tromper, tâtonner ou encore ne produire aucun résultat. Encore que tester une hypothèse et montrer qu’elle est fausse est un résultat, n’en déplaise aux revues qui ne veulent que des résultats positifs. Heureusement il y a Data, une revue qui publie les résultats « négatifs ». (http://www.data-journal.science/).

Faire confiance c’est refuser d’avoir constamment à justifier de ses activités, parfois même avant qu’elles n’aient été effectuées.

Faire confiance, c’est s’écouter, c’est se parler, c’est discuter sans mettre en péril sa carrière, sa réputation, ses résultats.

Faire confiance, c’est être capable de transmettre librement et gratuitement, sans attendre un retour immédiat.

Faire confiance c’est accepter que d’autres que soi fassent et fassent mieux.

Faire confiance, c’est donner du temps à la réflexion, autoriser une pensée libre et autonome.

Faire confiance c’est pouvoir se projeter dans le temps long.

Faire confiance c’est se donner les moyens de produire des connaissances dont on ne sait pas encore ce qu’elles permettront de penser et de faire.

Ceux qui savent cela doivent rappeler à ceux qui nous gouvernent que la suspicion généralisée, alliée à la course effrénée aux financements, aux postes, et aux publications,  empêche toute activité scientifique et ruine nos potentiels de recherche et d’imagination.

image: credit to www.moebius.fr

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